Mon dernier concert avec le Tempo de Toulouse

La fin du stage à l’académie musicale de Beaune rappelle d’autres souvenirs musicaux et amicaux. A cette occasion, j’ai voulu publier cet article écrit il y a bientôt deux ans  en octobre 2008 après le dernier concert du Tempo de Toulouse, l’orchestre dans lequel j’ai joué étant jeune et qui aura en grande partie défini la musicienne que je suis aujourd’hui.

Hier, pendant le concert, je n’ai pas pleuré. Je ne réalise qu’aujourd’hui, en écrivant ces lignes qu’avec ce dernier concert se tourne définitivement la page du Tempo de Toulouse. Je revois le baiser lancé par Marc après le bis, j’entends à nouveau résonner «oblivion», les danses hongroises de Brahms, Pirates des caraïbes et la nostalgie m’envahit. Oui, ce dernier concert signait mon véritable au revoir à Marc, au staff et aux autres musiciens du Tempo. Comme d’autres, je suis partie, un jour, poursuivre d’autres projets, professionnels surtout. Comme d’autres, j’ai quitté le Tempo sans réellement dire adieu. Et voilà, je suis revenue vivre une fois encore une si belle expérience, partager une fois encore une aventure musicale avec le Tempo : répétitions salle de l’Orient, concerts, tournées, des joies nombreuses, des peines petites et grandes.

J’écris, et j’aimerais pouvoir l’écrire mieux encore, pour marquer le souvenir de ce dimanche 19 octobre 2008. Bien sûr, il reste des photos, des vidéos mais elles ne seront jamais qu’un pâle reflet de ce que j’aurai ressenti. Elles ne pourront pas rendre ce son de l’orchestre qui m’enveloppe, les gestes et les regards de Marc. L’énergie de sa direction nous a transportés et nous l’avons suivi avec enthousiasme. Face à l’engagement physique de Marc, je dois avouer que j’ai eu peur, oui peur, à plusieurs reprises que son coeur ne lui fasse défaut. Son énergie, dès la répétition du matin, chaque musicien avait pu la sentir, ainsi que son charisme et sa capacité à installer naturellement une discipline de travail. Il lui suffit d’être présent, debout devant nous pour que nous soyons à l’écoute, attentifs.

Cette dernière journée avec le Tempo, avec Marc, Monique, Josiane, Jean-François, Patricia débute à 9h30 salle de l’Orient. Nous sommes tous à la joie de nous revoir. Certains que j’avais quittés tout jeunes sont des adultes aujourd’hui comme Sophie devenue grande et si belle. Ces retrouvailles ont aussi pris leur véritable signification pour moi lorsque j’ai rejoué avec Yoanne et surtout avec ma camarade de pupitre, la seule pour moi, Fanny. On s’installe, on cherche les partitions, on distribue les parties flûte 1, flûte 2, les solos et on joue notre programme. A la pause, Monique apporte le traditionnel goûter de chocolatines et de pains aux raisins. Jean-François sénior s’active pour transporter les timbales à l’église Saint Jérôme. La répétition continue. Puis pour finir, chacun range ses partitions dans l’ordre donné par Marc pour le programme : le chœur des chasseurs du Freischütz de Weber, la sarabande de Händel, les danses hongroises n°1, 4 et 5 de Brahms, oblivion et adios nonino de Piazzolla, Faust de Gounod, la valse, la csardas et la mazurka extraites de Coppelia de Delibes, la valse suite n°3 de Chostakowitch, Evita d’Andrew Lloyd Weber, Pirates des caraïbes et Morricone.

Chacun prend ensuite ses affaires direction le Flunch où nous devons nous retrouver pour le déjeuner offert par l’AMTT, association musicale du Tempo de Toulouse. Et de la rue de l’Orient jusqu’aux allées Jean Jaurès chemine à nouveau le Tempo comme à Brive lors des Orchestrades ou dans d’autres villes du monde. Des petits groupes de musiciens marchent en discutant avec ici, un ou deux violoncelles, un basson et là un alto… Chez Flunch, un clarinettiste jongle avec ses deux étuis sous le bras et son plateau dans les mains et se fait un chemin au milieu de l’embouteillage d’instruments aux différents stands de restauration.

Dans la salle réservée pour le Tempo, tout le monde devise gaiement et les anciens demandent aux moins anciens à quel moment ils sont arrivés dans l’orchestre. Pour ma part, j’ai débuté lors de mes premières Orchestrades avec Emmanuel Plasson à la direction. Aurélien, flûtiste, est arrivé au moment de la tournée en Lettonie juste avant mon départ. Eric, tromboniste, l’a quitté après la «vie parisienne» à Pibrac. Les photos pleines de souvenirs suscitent des exclamations de surprise au moment des dédicaces. Car le Tempo, ce sont surtout des souvenirs de visages amis, de concerts, de voyages et pour moi, c’est aussi le lien particulier tissé avec mes soeurs. Mais déjà Marc bat le rappel. Il faut y aller. L’installation et le raccord à Saint Jérôme sont prévus à 13h45. Pourtant, nous serons quelques uns à nous attarder pour écrire un mot sur les cartes souvenirs.

J’arrive à Saint Jérôme avec Farasoa et Nona. Certains ont déjà revêtu leur tenue de concert. Je cherche un endroit pour me changer : haut blanc, bas noir. Monique distribue aux filles les roses rouges en tissu. J’aide Yoanne à épingler la sienne à son corsage, à droite «pour ne pas gêner les violonistes», nous dit Monique. Les garçons ont droit au nœud papillon rouge. Après le concert, Monique nous les laissera en souvenir. Mais il faut déjà s’installer sur scène : je place mon pupitre, je vérifie que je vois bien le chef. Yoanne donne un la à 440 aujourd’hui. Comme d’habitude pour le raccord, Marc nous fait jouer les premières mesures de chaque pièce du programme. Le raccord terminé, le chef nous donne rendez-vous quinze minutes plus tard.

En coulisses, Julien, chef d’attaque des premiers violons et l’harmonie s’accordent auprès de Yoanne. Je retrouve avec plaisir Lucie, venue nous écouter faute d’avoir pu réapprivoiser son archet. Mais comme nous tous et les parents de musiciens, elle a voulu être présente pour ce dernier concert. Nous discutons et les coulisses presque vides cinq minutes plus tôt sont maintenant envahies par l’orchestre. Puis nous entrons en scène, avec, dans l’ordre, le contrebassiste, les violoncelles, les altos, l’harmonie, les percussions, les violons.

Dans son discours d’ouverture, Monique rappelle le chemin parcouru par le Tempo toutes ces années en France et dans le monde. Viennent ensuite les applaudissements, quelques instants d’attente et Marc entre d’un pas rapide. Il salue, se retourne, lève les bras, nous sommes prêts et le concert commence par le Freischütz. Nous nous étions donné le mot dans l’orchestre pour nous lever à la dernière reprise de la pièce. Au final, nous nous sommes retrouvés déjà debouts au moment du salut. La sarabande laisse ensuite entendre la belle sonorité des cordes avec, fait exceptionnel, onze violoncelles. Je note que Nona et Sophie partagent le même pupitre. Puis nous nous lançons dans les danses hongroises de Brahms. Aurélien au piccolo et un clarinettiste derrière moi nous jouent un superbe et difficile solo dans la danse n°4. Nous enchaînons avec Piazzolla où Yoanne est magnifique au hautbois avec le quatuor à cordes dans «oblivion» et où ensuite, l’orchestre entier est entraîné dans un «adios nonino» très lyrique pour le pupitre des violoncelles.

Le diable entre alors dans l’église Saint Jérôme avec Faust que Marc dirige à un train d’enfer. Par la suite, le contraste est saisissant avec la valse légère de Coppelia. Les altos et les violoncelles ont exécuté avec brio le redoutable trait de la csardas. Dans cette même csardas, faute d’avoir pu retrouver la partition, Aurélien a joué par cœur la partie de piccolo. Car, après toutes ces années, ce répertoire joué à maintes reprises reste gravé dans les têtes et surtout dans les doigts.

Avant Chostakowitch, Marc explique au public que nous avons vécu ensemble des joies mais également des peines avec la perte de deux musiciens à qui il dédie la valse suite n°3. Et alors que nous la jouions d’habitude avec entrain, nous interprétons cette valse un peu grinçante avec une pointe de tristesse en accord avec le recueillement de Marc. Enfin, le concert se termine par des musiques de film qui mettent en valeur tous les pupitres du Tempo. Ce répertoire révèle notre palette lyrique et rythmique. Je n’avais jamais joué Evita ou Pirates des caraïbes auparavant mais ils sont maintenant associés pour moi à toutes les œuvres jouées avec le Tempo. Cependant, Morricone, la pièce maîtresse, notre tube, clôture le concert. A ce moment, j’aurais voulu que le concert ne s’arrête pas, que nous continuions en jouant d’autres morceaux du Tempo : la valse triste de Sibélius, Coriolan de Beethoven.

Mais juste avant Morricone, Josiane prend la parole pour remercier les musiciens, Monique et notre chef Marc. Tout le staff, Monique, Josiane, Jean-François, Patricia nous ont accompagnés toutes ces années. Je comprends mieux aujourd’hui le dévouement et la disponibilité exigés par la logistique d’un orchestre. En effet, il n’est pas si facile de trimbaler à travers la France et le monde des jeunes pas toujours très sages avec instruments et bagages. Jamais au cours de nos tournées, nous n’avons senti d’accroc dans l’organisation. Nous avons toujours pu nous consacrer à la musique sous la direction de Marc. Et nous remercions ce dernier à notre façon en mettant tout notre cœur et toute notre énergie dans ce concert et surtout, dans Morricone.

Marc a pris le galop final de Morricone vite, très vite soutenu par Guillaume, génial à la batterie. Pour le bis, notre chef, toujours attentif à ses musiciens, vérifie auprès des trompettistes qu’ils n’ont pas les lèvres trop fatiguées. Et nous jouons Morricone «une dernière fois», nous souffle Marc. Puis c’est fini. Mais comme l’a si bien dit Marc au pot d’après concert, il n’y avait pas besoin de discours car dans chaque pièce interprétée, nous nous sommes dit tout ce que nous avions à nous dire.

Merci Marc pour tout ce que tu nous as transmis et pour cette flamme musicale qui continuera à vivre à travers chaque musicien du Tempo de Toulouse.

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