La invencion de Morel de Adolfo Bioy Casares

« Hoy, en esta isla, ha occurrido un milagro. El verano se adelanto ». Con estas palabras Adolfo Bioy Casares abre una de las más bellas historias de amor escritas en nuestro idioma. Su protagonista es un fugitivo de la justicia que llega a una isla desierta, donde se alzan construcciones abandonadas. Al día siguiente la sorpresiva música de un fonógrafo y el rumor de un grupo de personas -entre ellas la inaccesible Faustine- lo obligan a ocultarse cerca de los pantanos. Desde allí las observa, sigue sus pasos, intenta entablar conversación con la muchacha. En apariencia los veraneantes llevan una vida frivola y despreocupada, pero gradualmente el fugitivo toma conciencia de un hecho portentoso que el temor a ser descubierto había disimulado: para Faustine y los demás su existencia pasa inadvertida… La solución del enigma y el deseo de permanecer junto a su amada lo llevará a ejecutar un acto crucial. El impecable desarrollo del argumento, que anticipó en medio siglo la aparición de la realidad virtual, su capacidad para renovar temas generales y permanentes, ha convertido La invención de Morel en un clásico de la literatura contemporánea.

***

Mon troisième auteur argentin de la série est Adolfo Bioy Casares, grand ami de Jose Luis Borges avec lequel il a co-écrit sous les pseudonymes de H. Bustos Domecq et B. Suarez Lynch. « La invencion de Morel » est d’ailleurs dédié à Borges qui l’a préfacé pour défendre l’oeuvre de fiction dotée d’une solide trame à suivre par le lecteur contre les ouvrages tournés uniquement vers la psychologie des personnages. Borges qualifie d’ailleurs ce roman de « parfait » comme oeuvre de fiction.

Casares a publié « La invencion de Morel » en 1940. Je ne suis pas suffisamment versée dans le genre pour savoir s’il s’agit d’une oeuvre novatrice car elle aborde la notion inconnue à l’époque de « monde virtuel ». D’ailleurs, il est intéressant de comparer ce que pouvait représenter un monde parallèle, holographique en 1940 par rapport aux références actuelles, en particulier cinématographiques. En effet, ce roman se présente comme le journal d’un fugitif survivant sur une île presque déserte de l’océan Pacifique, presque déserte car il est parfois dérangé par un groupe en villégiature qui converse aimablement, danse en écoutant « tea for two » ou « Valencia ». Notre survivant qui lutte contre la nature sauvage et hostile observe en fait la répétition inlassable d’une même semaine vécue par un groupe d’amis. Il s’agit simplement d’une rediffusion dans toutes les dimensions d’une semaine enregistrée sur cette île par Morel. Les personnages projetés représentent fidèlement le modèle original car ils sont perceptibles par tous les sens : la vue, l’ouïe, le toucher, et je suppose l’odorat et le goût. D’ailleurs, nos personnages sont tellement réels que le narrateur tombe éperdument amoureux d’une femme du groupe, Faustine.

Ce qui m’a gêné dans la conception qui sous-tend ce roman est la définition donnée à limmortalité. En effet, le personnage de Morel a voulu avec son invention et sa rediffusion perpétuelle d’une semaine passée entre amis atteindre l’immortalité. Fixer son histoire à un instant donné et pouvoir la revivre inlassablement sans ressentir la monotonie de la répétition devient donc la définition de l’éternité. Eternité bien triste où le temps s’est figé à un moment précis, certes heureux d’une vie, mais sans possibilité d’évolution, de projection dans le futur.

Pour revenir à la vision en 1940 de la réalité virtuelle, le roman pose la question du passage de l’âme, considérée comme unique, de la personne « enregistrée » vers sa représentation. Ainsi, le roman de Casares ne conçoit pas qu’une représentation possédant toutes les sensations de l’original ne puisse avoir également l’âme de l’original. D’ailleurs, à la fin du roman, on comprend que cette immortalité a un prix : après s’être enregistrée, la personne originale perd peu à peu ses sensations, ses facultés, sa consistance propre pour disparaître et mourir.

L’intérêt de ce roman réside à mon sens dans cette confrontation entre notre vision actuelle d’un monde virtuel par rapport à cette vision en 1940.

Une remarque particulière concernant le fugitif qui ne nous apprend jamais de quel crime il est accusé et qui craint, s’il est pris, d’être condamné à la prison à perpétuité mais qui apparaît comme très cultivé : d’origine sud-américaine, il comprend parfaitement le français, peut citer de mémoire des vers en latin de Cicéron et analyse les conséquences d’une utilisation universelle de l’invention de Morel au regard de la théorie sur la population de Malthus.


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