Un génie du piano à la Philharmonie de Luxembourg

Un déplacement professionnel m’a amenée à passer toute cette semaine à Luxembourg. J’écrirai davantage sur la ville de Luxembourg dans un prochain article. Un évènement, préparé depuis le mois de juillet, a marqué ce séjour : le concert de l’orchestre de la Philharmonie de Luxembourg, l’OPL, sous la direction d’Emmanuel Krivine avec Evgeny Kissin dans le concerto n°2 de Chopin.

Cette soirée de concert a débuté par un mitraillage photographique en règle de la Philharmonie de Luxembourg. J’ai tout de suite admiré cet édifice mais également d’autres bâtiments autour de la place de l’Europe. Cette séance photo a été suivie d’un dîner au restaurant « La clef de sol » dans l’enceinte de la Philharmonie. Le service a été un peu long au départ sachant que le coup de feu traditionnel pour un restaurant s’accompagne de la contrainte d’une fin des repas avant le début du concert à 20h. L’équipe des serveurs était très sympathique, certains un peu affectés dans leurs manières tout en étant très conviviaux. La clientèle m’est apparue comme le public habituel des grandes salles de concert de musique classique, c’est-à-dire bourgeoise et plutôt âgée. Un bon repas : velouté de champignons, un tiramisu au speculoos accompagnés d’un gewürstraminer au parfum fleuri.

Puis je vais retirer mon billet à la caisse du soir avant de rejoindre mon siège qui surplombe le pupitre des contrebasses. Quelques contrebassistes étaient déjà à leur poste travaillant apparemment les traits difficiles d' »Also sprach Zaratoustra » de Richard Strauss, dernière pièce du programme. J’en ai profité pour prendre différentes photos de la salle. Enfin l’orchestre s’installe avant de jouer le premier morceau : « Ouvertüre zum Märchen von der schönen Melusine » de Félix Mendelssohn. Un morceau assez court mais de belle facture avec lequel j’ai pu apprécier l’excellente acoustique de la salle. Tous les timbres, en particulier de l’harmonie, ressortent en conservant pourtant un très bel équilibre d’ensemble. Est-ce un effet de ma proximité avec l’orchestre ?  Je n’ai pas l’impression d’avoir entendu une si belle acoustique salle Pleyel. Par ailleurs, j’ai été surprise par l’éclairage. A Paris, le public est généralement dans une obscurité quasi totale alors qu’à la Philharmonie de Luxembourg, j’ai à peine remarqué la différence entre l’éclairage avant et pendant le concert. Ainsi, on peut voir tout le public dans un éclairage à peine tamisé alors que les artistes jouent.

Ensuite, les régisseurs installent le piano avec célérité et efficacité. Tout est enfin prêt pour l’arrivée d’Evgeny Kissin. Je l’aperçois avant son entrée sur scène car mon siège se situe juste en face de la porte ouverte sur les coulisses. Il rentre enfin,  accompagné du chef d’orchestre. Première remarque : il est bien plus grand que je ne pensais. Il a une belle prestance d’une façon un peu suranné. Je préfère sa gestuelle à la fois affirmée et naturelle, moins spectaculaire que celle d’autres artistes.

Le concerto n°2 de Chopin avec Evgeny Kissin au piano constitue la pièce de résistance de ce programme. J’attendais avec impatience d’entendre enfin ce génie du piano en concert : les enregistrements ne peuvent pas remplacer l’écoute en direct. Sous la baguette d’Emmanuel Krivine, l’OPL a offert à Evgeny Kissin un parfait accompagnement. Il faut souligner en particulier les pizzicatti des contrebasses dans le second mouvement, l’appel du cor dans le troisième mouvement qui a amené de façon magistrale l’entrée du piano. Les remerciements d’Evgeny Kissin à l’orchestre et son chef lors des saluts semblent montrer qu’il a apprécié ce que l’orchestre lui a donné.

Ce concerto de Chopin qu’Evgeny Kissin joue depuis l’enfance m’a enfin donné l’occasion d’entendre le fabuleux toucher de ce pianiste et pour moi, avec Chopin, il rentre dans une dimension que peu de personnes peuvent espérer atteindre. Il sait rendre la légèreté nécessaire à cette musique sans pour autant sacrifier à la consistance du son. La virtuosité n’est pas pour lui une fin en soi mais un moyen pour mieux exprimer sa pensée musicale. Les contrastes et les variations sonores, le phrasé constituent une part essentielle de ce qui le différencie des autres pianistes (dans un autre style, j’aime beaucoup Piotr Anderszewski). Le deuxième mouvement, archi-connu, du concerto a été une pure merveille. Mon coeur a battu la chamade pendant tout le début du mouvement.

A la fin du concerto, le public luxembourgeois a fait une ovation au pianiste et même une standing ovation, ma première, je pense. Le maestro nous a donc offert en premier bis le scherzo op. 32 n°2. Ce fut un régal. Je me doutais bien qu’après un tel bis, il y en aurait un second, la valse op.64 n°2 que j’avais travaillée. Ici, Evgeny Kissin nous a montré sa musicalité dans une valse sans ornement superflu. Cependant, j’aurais bien aimé entendre un troisième bis mais les applaudissements se sont arrêtés de façon assez  abrupte comme si deux bis étaient suffisants.

Pour revenir à la gestuelle d’Evgeny Kissin, lors de ce concert, il me présentait son dos, un dos de belle allure . On pourra me reprocher ce commentaire à première vue superficiel, cependant, une belle tenue est aussi la preuve d’une belle maîtrise, notamment chez les danseurs. Je décrivais plus haut sa posture un peu surannée que j’ai retrouvée dans sa manière de saluer. Je l’ai regardé d’un point de vue différent au cours de ce concert : je voyais ses mains sur le clavier uniquement par réflexion sur le piano et j’ai donc davantage remarqué ses déplacements de bras. Finalement, en plus de la musique, j’ai eu droit à un ballet.

A l’entracte, se tenait une séance de dédicace et j’avoue que pour la première fois depuis ma lointaine adolescence, j’ai joué les groupies. J’ai acheté un CD sur lequel le maître a apposé son autographe. Joie ultime de la groupie : lorsque je l’ai remercié pour ce concert, il m’a regardé et m’a remercié d’être venue. J’ai noté lors du concert avec les musiciens de l’orchestre et également lors de cette séance de dédicace combien il était respectueux des autres et savait rester modeste.

Puis c’est le retour au concert avec Richard Strauss pour clore le programme. Dans cette partie, un autre type de spectacle à observer : un orchestre en grand effectif en pleine action. A part la célèbre introduction d' »Also sprach Zaratoustra », je ne connais pas ce morceau. Je n’ai finalement entendu cette pièce que de manière fragmentée car je me suis attachée à regarder les différents pupitres de l’orchestre. J’ai ainsi pu entendre des parties que l’on ne perçoit habituellement pas sur un enregistrement : la réelle introduction au contrebasson accompagné d’un roulement de grosse caisse. Je donne en vrac mes impressions de cette pièce : très beaux passages de musique de chambre pour les solistes des cordes, des solos d’alto, une fugue orchestrale que démarrent les contrebasses, fugue que j’ai pu suivre d’en haut sur la partition des contrebassistes, des parties pas évidentes à deux flûtes et deux piccolos, des solos de trompette, une cloche dans les dernières mesures, les timbres de l’orchestre mis en valeur par l’acoustique de la salle, les signes cabalistiques au fluo rose sur la partition de la harpiste, le jeu de pieds qui me fascine toujours autant d’une harpiste en souliers vernis, un beau pupitre d’altos. L’orchestre m’a paru posséder une bonne ambiance : chacun se remerciait, se félicitait à la fin du concert.

Pour conclure, j’ai pu assister à un très beau concert dans une salle jusqu’ici inconnue avec un orchestre qui ne m’est pas familier et je vais grossir les rangs des fans d’Evgeny Kissin, un génie du piano.

Orchestre philharmonique de Luxembourg – Emmanuel Krivine (direction) – Evgeny Kissin (piano)
Felix Mendelssohn Bartholdy : Ouvertüre zum Märchen von der schönen Melusine op.32
Frédéric Chopin: Concerto pour piano et orchestre N° 2 en fa mineur (f-moll) op. 21
Richard Strauss: Also sprach Zarathustra. Tondichtung für großes Orchester op. 30 TrV 176
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2 commentaires pour Un génie du piano à la Philharmonie de Luxembourg

  1. Bonjour,
    Je suis ravi que votre séjour à Luxembourg vous ai plu et que vous gardez de bons souvenirs du concert à la Philharmonie.
    Je suis sûr qu’en consultant le programme de notre salle de concerts, vous trouverez certainement une nouvelle raison de revenir à Luxembourg 🙂
    N’hésitez pas à me faire signe la prochaine fois que vous venez à la Philharmonie!
    Cordiales salutations,
    Didier

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