2 – Les bonheurs du hasard (Shikoku 四国 14 octobre 2010)

De retour devant mon ordinateur dans le yukata fourni par l’hôtel, je suis fatiguée après une journée encore bien employée. Nous sommes parties ce matin pour Yashima.

Le train nous a déposé à Kotoden-Yashima d’où nous avons marché jusqu’à Shikoku mura, un musée constitué d’habitations et de constructions traditionnelles transportées de leur emplacement initial au milieu de la végétation au pied de Yashima. Comme nous sommes arrivées tôt encore, nous avons pu suivre le circuit proposé par le musée entre les différents édifices dispersés en pleine nature et faire également quelques pauses paisiblement au soleil. A la fin de cette visite, nous nous sommes restaurées d’un bol de udon dans un restaurant reconnu qui se trouve à l’entrée du musée, le Warayama. La renommée de ce restaurant est telle que des bus entiers de henros, les pèlerins qui font le tour des temples de Shikoku, viennent y prendre également leur déjeuner.

Puis nous avons pris le chemin des henros pour atteindre le temple Yashima-ji après une montée de 292 mètres de dénivelé. Mais l’effort en valait la peine car nous sommes d’abord passées par les quartiers résidentiels et voir ainsi le Japon tel qu’il vit dans une ville de province. Sur le chemin du pèlerinage, nous avons rencontré plusieurs personnes âgées et deux jeunes filles. Après cette bonne marche, la sérénité du temple nous a fait du bien et nous avons pu nous reposer un peu et voir de notre point d’observation le port et les îles où nous étions la veille. La descente vers la gare a duré moins longtemps que la montée mais nous étions bien fatiguées des efforts de la journée.

De retour à Takamatsu, nous nous sommes dirigées vers Takamatsu Symbol Tower près de la gare JR afin de voir si nous pouvions y trouver un cinéma. Cependant, à défaut de cinéma, on nous a offert la possibilité d’assister à un concert de violon et piano. L’accueil pour ce concert nous a surprises, voire embarrassées car à partir du moment où nous avons demandé où se trouvait la salle de concert, on nous a passé d’une personne à une autre jusqu’à l’accueil de la salle et là, à peu près tous les trois pas jusque dans la salle, deux personnes différentes s’inclinaient en nous accueillant d’un « arigatô gozaimasu ». La seconde surprise a été la salle de concert de mille cinq cent places environ car la salle Pleyel à Paris fait pâle figure en comparaison.

Avant le concert, nous avons assisté à une remise de prix annoncée par un monsieur s’adressant au public dans un niveau de politesse élevé (utilisation de « watakushi » ) et lors des discours de remise de prix, le public a répondu en saluant de la tête aux « konbanwa » des deux intervenants. Courbettes entre les deux orateurs, courbettes de ces derniers vers le public deux fois : la première fois, lors des applaudissements et la deuxième juste avant de quitter la scène. Le concert en lui-même nous a fait entendre du bon et du moins bon. Je ne me rappelle pas du nom des artistes mais j’ai adoré la robe fleurie et en soie de la pianiste. Cette dernière nous a donné une belle prestation avec, en particulier, un toucher très délicat mais également des accents espagnols dans la sonate pour violon et piano « en hommage à Frederico Garcia Lorca » de Poulenc que j’ai découverte. La qualité du concert a surtout été influencée par le jeu du violoniste avec deux belles exécutions pour Pampea n°1 de Ginastera et la sonate de Poulenc, qui devaient être de nouvelles pièces dans son répertoire. Cependant, il a fait le « minimum requis » selon ma camarade de voyage, ce que je traduirais par un déséquilibre flagrant entre le violon et le piano dans la chaconne de Vitali, un manque de dynamique ou plutôt un mezzo-forte permanent, une absence de legato et de musicalité dans les autres œuvres : la campanella de Paganini, une romance de Mendelssohn, un nocturne de Chopin, la méditation de Thais et l’introduction et rondo capricioso de Saint Saens. Ces défauts ont été encore plus flagrants dans l’arioso de Bach en bis. Pour le dernier bis, la marche de Radetsky, les personnes de l’accueil sont montées sur scène pour applaudir avec le public tout au long de la marche. A la sortie de la salle, les mêmes qu’à l’entrée se sont  à nouveau  inclinés  pour nous remercier d’avoir assisté au concert. Au Japon, on ne peut pas se sentir comme un spectateur anonyme lors d’un concert, ce qui est surprenant et un peu gênant lorsque l’on a l’habitude des concerts européens. Pour ce concert, nous avons vu tous les styles de tenue dans le public, de la tenue de tous les jours pour les dames et une écolière au kimono en passant par une tenue assez habillée.

Après le concert, nous avons décidé d’abandonner un moment les udons pour les sushis et nous sommes ainsi entrées dans un petit restaurant le Sushi take tenu depuis 41 ans par le chef et sa femme. Nous, ou plutôt ma camarade, avons essayé de discuter avec le couple étant les seules clientes à ce moment et cela a été vraiment sympathique. De plus, les sushis étaient excellents : en « entrée », du crabe avec une sauce soja très subtile,s uivi de gingembre mariné très doux, un thon parfait à la chair persillée, du calmar très tendre, de l’oursin, une anguille comme je n’en ai jamais mangé et d’autres poissons très bons également. Nous avons pu comprendre un peu ce qui nous était dit entre ce que nous écrivait la femme du chef et les gestes de ce dernier dans son discours. Le chef nous a expliqué qu’il allait lui-même chercher son poisson auprès des pêcheurs du village d’Ashimura. Je ne pourrai plus apprécier les sushis de la même façon après cette expérience.

Le hasard en voyage fait bien les choses si on sait saisir les opportunités qui se présentent.

 

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