Instants de vie avec l’orchestre national de France dans Mahler

En voyage, j’essaie de découvrir des lieux de concert comme la Philharmonie de Luxembourg. A Paris, je vais écouter des amis jouer en concert et le concert « Heros perdus » avec les Rückert-lieder et la symphonie n°6 « tragique » de Gustav Mahler ne fait pas exception. En effet, cette fois-ci, l’occasion a été un remplacement à l’orchestre national de France par un ami trompettiste. Finalement, cela me convient  car avec mon calendrier professionnel, je ne suis pas forcément sûre de pouvoir m’organiser suffisamment à l’avance.

Après avoir déambulé dans les salons, en particulier le salon des glaces du théâtre du Châtelet, nous avons rejoint nos places à l’amphithéâtre bas qui nous donne une vue plongeante sur l’orchestre. A part, les pupitres des violons, quasiment aucun mouvement des instrumentistes de l’orchestre nous échappe.

L’orchestre national de France sous la direction de Daniele Gatti débute en formation réduite avec Matthias Goerne avec les 5 Rückert-lieder : Ich atmet’ einen linden Duft, Blicke mir nicht in die Lieder !, Liebst du um Schönheit, Ich bin der Welt abhanden gekommen, Um Mitternacht. Je n’ai pas réussi à accrocher en début de concert car je n’étais pas forcément entrée dans l’état d’esprit qu’il me fallait pour recevoir la musique que j’entendais. Pourtant, la voix de Matthias Goerne était magnifique. J’ai réellement commencé à apprécier le concert à partir du quatrième lied « ich bin der Welt abhanden gekommen » avec le magnifique solo du cor anglais. Ensuite, dans le lied « Um Mitternacht », la présence de notes dans le registre « gravissime » (pardon pour le néologisme) rend le caractère fataliste de la pièce. Matthias Goerne a été très applaudi. Cependant, avec ce programme, il lui était difficile d’offrir un bis adapté à l’ambiance.

Après l’entracte, l’orchestre national s’installe sur la scène du théâtre dans un effectif très important avec une disposition très favorable aux pupitres graves de la formation. Certes pour les pupitres des cordes, ma perception a pu être biaisée par le fait que de ma place, je ne voyais quasiment pas les pupitres des violons et plutôt celui des alti, violoncelles et contrebasses qui remplissaient en arc de cercle tout l’espace de la scène devant l’harmonie.

La symphonie n°6 de Mahler est un très bel et énorme monument. En tant que spectateur, il faut arriver à écouter les 4 mouvements sur les 80 minutes que dure la symphonie. Cependant, en concert, on peut davantage se concentrer sur tel ou tel pupitre. A regarder une amie altiste jouer, je me suis vraiment demandée comment les alti, et tous les pupitres des cordes d’ailleurs, arrivaient à tenir la distance au regard des exigences techniques de l’œuvre et de sa durée. Il faut dire qu’ils avaient déjà joué tout le programme le matin même lors de la générale. La question de l’effort intellectuel et physique pour cette œuvre s’entend aussi pour les pupitres de l’harmonie qui sont énormément sollicités. Alors vaut-il mieux jouer toute la symphonie ou au contraire, devoir attendre stoïquement pendant une heure pour jouer uniquement dans le dernier mouvement comme l’ont fait la cinquième et sixième trompettes.

Toutefois, il est toujours amusant d’observer les musiciens en concert : le percussionniste qui quitte son poste subrepticement à plusieurs reprises pour jouer des cloches « de vache » dans les coulisses, les percussionnistes qui s’affairent entre baguettes, cymbales, timbales et autres,  les trompettistes qui jonglent entre leurs trompettes et leurs sourdines. Le plus frappant pour ce concert a été de voir, à la fin du quatrième mouvement, tout l’orchestre se préparer doucement à l’attaque pour la dernière explosion sonore alors que l’auditeur appréciait un moment de musique doux et calme. On imagine bien qu’on va entendre une déflagration et l’orchestre ne nous déçoit pas. Puis cet accord se meurt  pour terminer sur une note un peu amère.

J’ai beaucoup aimé le lyrisme du troisième mouvement, le côté un peu décalé du début du quatrième mouvement et par la suite, son caractère « destructuré ». Ce fut un beau concert qui a demandé un effort de concentration tout de même.

direction Daniele Gatti Baryton Matthias Goerne Orchestre National de France
Rückert-Lieder Symphonie nº 6 « Tragique »
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