Tableaux tangueros à Buenos Aires sur scène

Je poursuis la série des concerts d’amis musiciens. Je change de registre pour du tango contemporain avec le collectif Buenos Aires sur scène au studio de l’Ermitage. Je venais en premier lieu écouter les Fleurs noires mais avec BsAs sur scène, une soirée musicale est toujours partagée par deux ensembles.

Ainsi, avant les Fleurs noires, nous avons pu entendre le quintette Quinto Centos dans une relecture/réécriture en mode tango des tableaux d’une exposition de Moussorgsky par el maestro Gustavo Beytelmann. Ce dernier a introduit ces tableaux comme une renaissance du russe Moussorgsky à Buenos Aires. A l’écoute de ce savant mélange entre une œuvre si connue du répertoire classique à la fois pour le piano et l’orchestre et les accents tangueros, je mesure mon histoire personnelle vis-à-vis de ces tableaux. J’ai joué « les tableaux » avec l’orchestre du conservatoire de Toulouse dans mon adolescence et le Tempo de Toulouse, orchestre de jeunes où j’ai joué comme flûtiste plusieurs années, a longtemps eu à son répertoire le dernier tableau « La grande porte de Kiev ». Il y a également les versions de référence au piano et étrangement, un concert qui m’avait marquée il y a bientôt dix ans à Dublin d’une transcription des tableaux d’une exposition jouée par un jeune accordéoniste russe.

Cette première partie a constitué comme une synthèse impromptue de ma relation aux « tableaux d’une exposition ». J’y ai retrouvé les sonorités amples de l’orchestre comme lors de cette répétition impressionnante avec la section des cuivres ramenée à ma mémoire par le jeu dans les graves de la contrebasse et du souffle de l’accordéon, la nostalgie du « vecchio castello » dans une milonga lente. Ensuite, on s’amuse à deviner le thème original en particulier de la « grande porte de Kiev » à l’intérieur d’un tango particulièrement syncopé. Les cinq musiciens ont fait preuve d’une maîtrise incomparable avec des dialogues endiablés entre le violon, l’accordéon et le vibraphone dans le « ballet des poussins dans leur coque », une sonorité ample et magnifique dans les fortissimi. La relecture des différentes « promenades » était particulièrement savoureuse et surprenante.

Ensuite, en deuxième partie, les Fleurs noires nous ont offert un bouquet de pièces de leur premier album et des pièces récentes composées par la pianiste du groupe, Andrea Marsili, qui en assure également la direction. Le public est tout de suite entraîné dans l’univers rythmique des Fleurs avec « tango atroz » d’Edgardo Acuña, une de mes pièces préférées puis Disonante. Par ailleurs, j’ai énormément apprécié les tangos composés par Andrea Marsili, qui nous conseille avec ma partenaire pianiste dans l’interprétation du tango en duo piano-flûte. En effet, la créativité qu’implique la composition me fascine surtout lorsqu’elle peint autant d’atmosphères variées : la rythmique diabolique de « Tango face », la poésie de « Arena y luna », le caractère de « Retiro Constitución », les pizzicatis puissants de « Black flowers », l’impatience cachée d’une lente « Espera » ou les facéties de « Sortie de secours ».

Comme à leur habitude, les Fleurs noires ont joué leur répertoire entre un rythme très marqué et des mélodies expressives aux sonorités chaudes. Chacune des Fleurs s’intègre dans le groupe tout en s’appropriant les pièces musicales avec sa propre personnalité. Cependant, après leur concert chaudement applaudi par le public et que personnellement j’avais vraiment aimé, les musiciennes n’étaient pas satisfaites de leur performance de la soirée. Cela montre bien la différence de perception et d’appréciation d’un public qui aime ce qu’il entend et qui l’exprime et des musiciens toujours à la recherche d’une interprétation authentique et qui touche directement le cœur de l’auditoire. Cela fait la beauté du métier de musicien, je suppose, mais également ce qui le rend si difficile.

Quinto Centos : Rami Khalife (piano), Maud Lovett (violon), Anthony Millet (accordéon), Bachar Khalife (percussions), Jean-René Da Conceicao (contrebasse)
Fleurs noires : Andrea Marsili (direction et piano), Anne Le Pape (violon solo), Andrea Pujado, Solenne Bort (violons), Caroline Paerssal (alto), Véronique Rioux (bandoneon solo), Carolina Poenitz, Eve Cupial (bandoneons) ,Veronica Votti (violoncelle), Anne Vauchelet (contrebasse)
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2 commentaires pour Tableaux tangueros à Buenos Aires sur scène

  1. Bonjour et bravo pour ce bel article. Est-il possible d’avoir une copie des photos que vous avez prises lors de cette soirée?
    Merci d’avance.
    Anthony

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